Mars – Note de lecture de Sabine Péglion pour la Revue des deux mondes

Roselyne Sibille – Une libellule sur l’épaule – Editions L’Ail des ours (Collection Grand ours n° 25)

« Je marche avec mes mots / entre l’aube et les oiseaux » : Dans ce nouveau recueil, Une libellule sur l’épaule, on découvre la poèteRoselyne Sibille s’avançant avec humilité, aux portes du monde (« J’écris à petits pas / au milieu de mes mots »).

Ici, le rythme de la marche s’accorde avec le désir d’observer, de découvrir mais aussi de « dire » (« A tant regarder / on pourrait ne pas cesser de dire »). En effet, en immersion totale avec la nature, comment dire sans trahir, comment restituer ce qui nous enchante et nous transporte. Or, pour la poète, il ne s’agit pas de décrire les paysages traversés mais de tenter de transcrire ce qui retient (« J’avance / attentive au prochain signe »), (« Je tente de lire / de comprendre / ou d’entendre / de trouver / en moi / une traduction »). Savoir apprécier le silence, en mesurer l’importance, ce qu’il nous permet de saisir, que ce soit le chant d’un oiseau, ou d’un ruisseau (« Dans le silence agrandi / on les écoute passer »).

Chaque page de ce recueil nous incite à prendre conscience de la plénitude d’un moment, ne serait-ce qu’en recueillant une fragrance (« Seringats    sureaux / glycines    lilas / Grace à leur parfum / nul besoin de plan / pour m’orienter »), une couleur, un son (« Les grillons palpent la nuit / ronde d’appels et de réponses transparentes »). Elle nous rappelle l’importance d’être à l’écoute de ce qui s’offre à nous, car tout est message (« La nature écrit / nous ne comprenons pas »). Il lui faudra donc interroger toujours « les ciels/griffonnés de pluie » ou se pencher pour percevoir ce « que me dit cette feuille », pour essayer d’atteindre la transparence. Elle sait que « l’instant tient le poème dans sa main » que, seule l’écriture poétique sera capable de faire surgir du silence, du vide, de l’absence ce tremblement à la surface des choses, ce qui soudain l’interpelle. 

Quête que la poète poursuit inlassablement et parvient à nous restituer avec une infinie délicatesse et profondeur. Qualités que l’on retrouve dans les superbes illustrations, signées Sophie Rousseau. Des peintures qui entrent parfaitement en résonance avec les poèmes et qui font de ce petit recueil publié aux Éditions l’Ail des ours un recueil que l’on glisse dans sa poche, que l’on lit et relit, que l’on offre tant il devient précieux.