ACTUALITES 2025

Juin – Note de lecture de Véronique Elfakir dans la revue Terre à ciel

https://www.terreaciel.net/Lectures-de-Veronique-Elfakir-2053

Roselyne Sibille – Une libellule sur l’épaule – L’Ail des ours (Collection Grand ours n°25)

Dans ce nouveau recueil, Roselyne Sibille poursuit son exploration des paysages et des saisons changeantes de la vie. Quand « le jour lentement / prend appui sur les gris » émerge tout un monde de sensations et de seuils ou passages successifs à l’image de ces « deux oiseaux blancs » survolant « le fil de leur reflet ». Il convient alors de « caresser un nuage » et « d’écrire au silence » comme pour mieux s’effacer et contempler ces petits miracles ou grâces quotidiennes que nous délivre la nature en ces métamorphoses. Ainsi la lumière ne cesse d’attendre son poème, attentif au recueil de chaque signe délivré à travers ce mystère de la création que nous ne pouvons que nommer : « Le point du soleil / épine éblouissante / perce le grand discours / des arbres à contre-jour // J’avance/attentive au prochain signe – Le chêne a tracé / des majuscules en clair-obscur // Leur énigme est la même / dans toutes les langues. »

De cette lecture attentive du plus infime même : fissures d’écorce, sons d’oiseaux, bruits d’eau de la rivière riant dans la vallée, vol d’hirondelle, émerge une sorte de rayonnement irradiant ou de ravissement. L’écriture devient « musique des libellules », aussi diaphane que leurs ailes tout en sachant que « les parois des phrases » restent toujours de l’autre côté. Dans le crépuscule tombant sur la montagne, émerge une sorte de paix ou de fusion où il s’agit alors d’écouter « chuchoter le cosmos » et d’en recueillir les pétales. Le poème se fait alors écho de l’univers, en résonance avec ses parfums, où il suffit d’une seule graine de lotus pour déployer un rêve et inventer « la carte des levers de soleil ».

Peu à peu le poète vécu comme un scribe de toutes ces images déployées disparaît et ce sont les nuées mêmes qui écrivent le poème ou « la grenouille rousse ». Dans « la main vive du monde », les « phrases se cachent et se replient », « l’arbre éparpille / un alphabet troué » mais à l’image du vent comme une calligraphie, le pinceau se doit d’être léger comme une encre de Chine car « regard au ciel / on sait // Personne ne démêlera la joie. »

Extraits

« Le point du soleil épine éblouissante perce le grand discours des arbres à contre-jour

J’avance
attentive au prochain signe »

« Le chêne a tracé
des majuscules en clair-obscur
Leur énigme est la même
dans toutes les langues »

« Dans les fissures d’écorces
je tente de lire
de comprendre
ou d’entendre
de trouver
en moi
une traduction »

« En arrêt
Ne pas déranger
orteils hésitants
le poème d’automne
agencé par les brindilles
sur le sol »

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Mars – Note de lecture de Sabine Péglion dans la Revue des deux mondes

Roselyne SIBILLE Une libellule sur l’épaule – Editions L’Ail des ours – Collection Grand ours n° 25

« Je marche avec mes mots / entre l’aube et les oiseaux » : Dans ce nouveau recueil, Une libellule sur l’épaule, on découvre la poète Roselyne Sibille s’avançant avec humilité, aux portes du monde (« J’écris à petits pas / au milieu de mes mots »).

Ici, le rythme de la marche s’accorde avec le désir d’observer, de découvrir mais aussi de « dire » (« A tant regarder / on pourrait ne pas cesser de dire »). En effet, en immersion totale avec la nature, comment dire sans trahir, comment restituer ce qui nous enchante et nous transporte. Or, pour la poète, il ne s’agit pas de décrire les paysages traversés mais de tenter de transcrire ce qui retient (« J’avance / attentive au prochain signe »), (« Je tente de lire / de comprendre / ou d’entendre / de trouver / en moi / une traduction »). Savoir apprécier le silence, en mesurer l’importance, ce qu’il nous permet de saisir, que ce soit le chant d’un oiseau, ou d’un ruisseau (« Dans le silence agrandi / on les écoute passer »).

Chaque page de ce recueil nous incite à prendre conscience de la plénitude d’un moment, ne serait-ce qu’en recueillant une fragrance (« Seringats    sureaux / glycines    lilas / Grace à leur parfum / nul besoin de plan / pour m’orienter »), une couleur, un son (« Les grillons palpent la nuit / ronde d’appels et de réponses transparentes »). Elle nous rappelle l’importance d’être à l’écoute de ce qui s’offre à nous, car tout est message (« La nature écrit / nous ne comprenons pas »). Il lui faudra donc interroger toujours « les ciels/griffonnés de pluie » ou se pencher pour percevoir ce « que me dit cette feuille », pour essayer d’atteindre la transparence. Elle sait que « l’instant tient le poème dans sa main » que, seule l’écriture poétique sera capable de faire surgir du silence, du vide, de l’absence ce tremblement à la surface des choses, ce qui soudain l’interpelle. 

Quête que la poète poursuit inlassablement et parvient à nous restituer avec une infinie délicatesse et profondeur. Qualités que l’on retrouve dans les superbes illustrations, signées Sophie Rousseau. Des peintures qui entrent parfaitement en résonance avec les poèmes et qui font de ce petit recueil publié aux Éditions l’Ail des ours un recueil que l’on glisse dans sa poche, que l’on lit et relit, que l’on offre tant il devient précieux.

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31 janvier – « Écrire la beauté » : invitation d’auteur à Lamanon (Bouches du Rhône) pour la lecture de « Une libellule sur l’épaule », accompagnée par Julien Philips au handpan.